Un café ludique à Lyon


Inventons un café où le principal n’est pas de consommer des boissons; un lieu où l’on se rencontre pour jouer ensemble autour ds tables. Né de passionnés de jeux qui se voulaient contagieux, l’endroit est devenu un lieu d’animation régulier et incontournable pour les amateurs lyonnais.

« Moi j’m’en fous je triche !» Quand on demande à Thomas d’où vient le nom de ce café ludique, il répond dans un petit sourire : « Si l’on triche, c’est déjà qu’on joue !» La conversation se poursuit autour d’un coca dans ce local chaleureux d’une petite rue ancienne du quartier de la Croix-Rousse à Lyon. L’association s’est construite autour de Pierre, Sébastien, Jean-Marc et Élisabeth. Ces quatre trentenaires sont des passionnés de jeu qui manifestent l’intention de le partager en toute indépendance économique. Thomas est bénévole, comme ses acolytes? C’est ainsi qu’ils se présentent avec sur la poitrine un badge portant leur prénom.

Épinards en boîtes

Avant ce local, il y a eu un banc d’essai dans un café, Le bastringue. L’association s’appelait Et c’est heureux car mon frère n’aime pas les épinards !Boîte à trésors

Le public est diversifié. Il y a d’abord les Réguliers-passionnés. « Ils savent ce à quoi ils veulent jouer, ce sont des étudiants, des jeunes actifs entre 20 et 30 ans qui apprécient les jeux d’ambiance comme Jungle speed et Compatibility.Il y a aussi les Sérieux-gamers qui viennent pour réfléchir autour d’un jeu de gestion ou de conquête comme Agricola. Eux n’ont pas besoin de l’aide des bénévoles, ils bénéficient des lieux et des jeux. On n’est pas très loin des quatre barbus qui passent leur week-end à s’affronter sur un jeu de rôle dans leur garage ! Il y a aussi les Débutants-curieux qui nous disent : « Qu’est-ce que vous faites comme jeux ? » Ceux-là reviennent souvent. Nous favorisons les rencontres entre des joueurs qui ne se connaissent pas, un peu comme au resto pour compléter une table ; avec très peu de refus de la part des groupes pour intégrer un nouveau le temps d’une partie… Notre public est masculin à 60%. » Mais l’ouverture du samedi et dimanche après-midi permet à l’équipe d’accueillir de plus en plus de papas, mamans et leurs enfants.

Quand ça boîte !

« Nous sommes là pour accueillir et être disponibles. Cela demande parfois un petit travail de régulation et d’autorégulation. On ne vend pas de jeux. Certains jours, on n’ouvre pas parce qu’aucun bénévole n’est disponible. On propose et le joueur dispose. » Dans ce travail d’animateurs, Thomas et ses camarades apprennent beaucoup sur les jeux et les gens : « J’explique le jeu. Les participants sont d’abord dubitatifs. Puis la partie se met en route… Et c’est gratifiant de voir la petite étincelle s’allumer dans les yeux des joueurs lorsqu’ils se retrouvent pris au jeu. Là, ça me plait ! »

Boîtes à outils

Ici, les jeux sont triés et rangés par catégories, un peu comme les lettres désignent les tailles de vêtements. Ces critères correspondent à l’investissement que demande le jeu : le temps nécessaire, la complexité… « Pour choisir de nouveaux jeux, je surveille tout ce qui sort. » Le monde des jeux ressemble à celui de l’édition, on se réfère aux auteurs dont on connaît l’œuvre, aux éditeurs, à la qualité et la quantité de leurs productions. On discute avec les boutiques spécialisées, on lit la presse…

« En l’occurence, il n’existe plus qu’un seul magazine : Platô. Nous ne présentons pas des classiques comme le Monopoly, le Scrabble, le bridge… Il existe d’autres associations pour cela. Nous avons un budget de 2 000€ par an, soit une centaine d’acquisitions. Nous essayons de ne pas faire de doublons. Il s’édite plus de 700 jeux par an et l’on se méfie des jeux à licence, dérivés d’émissions de télé ou de films. Nous discutons avec les boutiques et beaucoup d’adhérents fouinent aussi de leur côté, achètent des jeux pour les tester. Moi, le premier ! On est souvent les ambassadeurs, on organise parfois des soirées spéciales mais on n’est pas des hommes sandwich. C’est plutôt gagnant-gagnant, on est un très bon baromètre pour leurs jeux. »
Éthique, vous avez dit éthique ?
« Il arrive qu’un jeu ne sorte pas du lot, question de thème, de look, de bon réseau ou d’un vrai travail de création. Il y a encore des gens qui viennent nous vois pour nous proposer un nouveau jeu de l’oie ! »

Mise en boîte

Et Thomas de redire avec passion les enjeux de ces jeux : « Si les boîtes de jeux s’usent, c’est que le jeu sort ! On le nettoie, le rafistole ou le rachète ! Quand il manque des cartes ou des pions, on contacte l’éditeur directement ou sur les salons. Ici, c’est un lieu d’échanges, de rencontres oùl’on met en avant la culture du jeu contemporain. Après une bonne partie, on n’a pas le me sentiment que lorsqu’on est entré. »

Alors, faut-il tricher pour gagner ? La question reste en suspens. Le Petit Robert indique que tricher c’est « chercher des embarras, chicaner » et « enfreindre les règles en feignant de les respecter ». Ce qui permet de souligner, à nouveau, que l’intitulé de ce lieu est à prendre au second degré. « Mais saviez-vous qu’un éditeur de jeu, Gigamic, nous propose un jeu autour de cette idée intitulé Mito ? Un jeu inventé par des enfants », conclut Thomas dans un grand sourire.

Peirre Lecarme

Article paru en semptembre 2012 dans le Journal de l’Animation.


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